La donation au dernier vivant présente-t-elle encore un
intérêt ?
La donation au dernier vivant reste un
instrument très efficace pour protéger son conjoint
survivant. Elle offre une protection sur mesure.
D’abord, elle permet de donner au
conjoint survivant un choix plus étendu que celui prévu par
la loi. Elle offre à son bénéficiaire une option entre des
droits en propriété, des droits en usufruit et une quotité
mixte : un quart des biens successoraux en propriété et le
reste en usufruit.
Ensuite, elle permet au conjoint
survivant de choisir les biens sur lesquels vont s’exercer
ses droits. Celui qui, par exemple, a des revenus personnels
importants pourra ainsi n’accepter l’usufruit que d’une
partie des biens successoraux et laisser la jouissance des
autres biens à ses enfants. Il conserve ainsi son cadre et
son train de vie, tout en donnant un coup de pouce à la
jeune génération et, le cas échéant, en faisant une économie
d’ISF.
Quel conseil pourriez-vous donner aux couples qui se sont
déjà consenti une donation au dernier vivant ?
Pour être efficace, la donation au
dernier vivant doit être adaptée en permanence à l’évolution
de la situation familiale et patrimoniale des époux. Les
choix qui ont pu être faits au début du mariage ne sont
peut-être plus en phase avec les besoins des époux qui
arrivent à la retraite ou souhaitent faire glisser une
partie de leur patrimoine aux profits de leurs enfants.
Il ne faut pas non plus perdre de vue que
le droit des successions a beaucoup changé en 2001 et 2006.
Ne pas tenir compte de ces changements pourrait conduire à
des situations paradoxales où la donation au dernier vivant,
censée protéger le survivant, conduirait à un blocage.
Qu’en est-il dans les familles recomposées, en présence
d’enfants non communs ?
Dans les familles recomposées, la loi
n’accorde au conjoint survivant qu’un quart de la succession
en propriété. La donation entre époux permet de lui donner
plus ou autre chose : des droits en usufruit par exemple.
C’est une solution équilibrée puisque le conjoint survivant
conserve la jouissance des biens qui lui sont donnés (comme
la résidence principale, le mobilier, les comptes bancaires)
et que, à son décès, ces derniers reviendront à ses
beaux-enfants en franchise d’impôt.
Il faut toutefois être prudent car, si le
conjoint survivant et les enfants issus d’une précédente
union ne s’entendent pas, l’usufruit peut très vite devenir
un véritable piège.
Que se passe-t-il si, après avoir signé la donation, les
époux divorcent ?
La crainte d’un divorce n’est pas une
bonne raison pour ne pas faire de donation entre époux.
Aujourd’hui, la loi prévoit que le prononcé du divorce
entraîne automatiquement la révocation des donations entre
époux consenties par contrat de mariage ou pendant l’union.
Votre
notaire se tient à votre disposition pour
vous aider à protéger au mieux votre conjoint et adapter la
donation entre époux à votre situation personnelle.
Conseil Supérieur du Notariat – Octobre 2009